Quand « Stalker » d’Andreï Tarkovski rêvait que le genre humain se sauve malgré lui

L’art se transmet parfois de père en fils. Un Tarkovski cinéaste peut en cacher un autre, poète, comme Médiapart vient de me l’apprendre. En ces temps de russophobie généralisée, j’aime me souvenir que « Stalker », un des films les plus envoutants que j’ai vus, était signé Andreï Tarkovski. Film mirage, qui abolit la notion de temps et d’espace, avec de longs plans poupées gigogne qui se dérobent de minutes en minutes à l’entendement, une musique hypnotisante, immatérielle comme un matelas de nuages. Le film d’un voyage dans une zone interdite, qui fait un peu penser à Tchernobyl, alors qu’il est sorti en 1979 – j’en connais peu qui sont restés à ce point hors de l’atteinte du temps. Une odyssée, qui raconte le périple d’un groupe de compagnons cherchant un idéal dans un environnement hostile. « Stalker », qu’on peut apparenter à de la science-fiction, c’est un peu l’anti-« Star Wars ». À tous les niveaux, esthétiques et politiques. Surtout si on considère que le plan spatial SDI (Initiative de défense stratégique) de Reagan a suffisamment affaibli l’économie Russe pour qu’elle relâche la vigilance autour de ses centrales nucléaires, ce qui conduira l’URSS à s’effondrer de l’interieur.

J’ai vu ça avec Andy Vérol, je crois bien que c’était à La Pagode, on entendait des pigeons roucouler pendant la projection, nous étions seuls dans la salle, seuls avec deux autres qui parlaient fort en Allemand et qui s’esclaffaient aux moments les plus impénétrables du récit. Il faut certes voir « Stalker » après une bonne nuit de sommeil, l’esprit reposé. Mais voilà des images en mouvement dont l’effet est probablement plus puissant que le peyotl.

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Sur la BO de « Drive », je préfère Desire au fond de la nuit à Kavinsky

« Drive », on aime ou on aime pas (moi j’ai un petit faible pour ce film qui menace à tout moment de se casser la gueule entre sentimentalisme naïf et esthétique clip et choc). Mais il faut reconnaître que sa BO est une des meilleures de ces dernières années. Voilà ce que j’écoute en pleine nuit, de retour de « American Bluff » (je sais pas si j’ai envie de parler de ce film mais j’aime bien Amy Adams), les yeux explosés par mes pleins phares, sous un rideau de pluie et de vent.

« Le Mépris », caprices de star en technicolor

« Tu les trouves jolies mes fesses ? Et mes seins, tu les aimes ? Qu’est-ce que tu préfères : mes seins ou la pointe de mes seins ? », dit Brigitte Bardot dans « Le Mépris ». « L’histoire d’un malentendu entre un homme et une femme » d’après son auteur Jean-Luc Godard. Les exigences de Camille (Brigitte Bardot) contre les compromissions de Paul (Michel Piccoli). Musique poignante de Georges Delerue, qui résonnera bien des années plus tard chez Martin Scorcese dans « Casino », lors de la séquence du face à face dans le désert entre Joe Pesci et Robert de Niro (pléthore de « fuck » dans cette scène).

« L’argent » de Robert Bresson, atemporelle rigueur au cinéma

En avoir ou pas. « L’argent ». Dernier film de Robert Bresson, sorti en 1983, année du « tournant de la rigueur ». En 2014, il n’y avait même pas eu de tournant, on y était déjà, à la rigueur. Mais ça n’empêchait pas tout le monde de faire des petites blagues. Hollande n’a « ni les moyens, ni la volonté de dégager 50 milliards d’économies ». Peut être qu’il lui reste la capacité de prier ? Pendant ce temps-là, Les Business Angels sont freinés par l’incertitude fiscale. Les anges se mèlent de business, à moins que ce ne soient certains « business-men » qui se prétendent « anges ». Il n’y a plus de sous dans les caisses de « Libé » mais Philippe Starck trouve l’idée des actionnaires « pertinente » (et pour cause : il en sortirait auréolé et rétribué).