Du hip-hop sous l’arbre de Noël épisode 3

Comme j’ai encore des épines de sapin qui me piquent les chaussettes, je m’accorde le droit d’une nouvelle séquence hip-hop de Noël : avec tigresses salées poivrées, un leader d’opinion et un nounours Wu-Tang au piano.

Version tigresses en brushing cuivré et teddy flashy du rap new yorkais, les Salt-n-pepa sont tout sauf arty et underground. Mais n’en demeurent pas moins irrésistibles sur ce « Push it » pourvu d’une double scie mélodique orientale et ses rythmes « pumpin' ». De loin mon morceau de rap féminin préféré.

Avec Eric B. & Rakim, on est pas loin de la quintescence du hip-hop : un flow, grave, mâle et puissant, un beat, profond, minimal, scratché. Des textes branchés sur la réalité de la rue. Qui dit mieux que ce duo béni des dieux ? Ils avaient bien le droit de porter des chaînes en or kingsize et des floppées de bagouzes puisque c’était les maîtres et que personne ne leur est depuis arrivé à la cheville.

Il y a des morceaux plus emblèmatiques du style crado et crépitant du Wu-Tang Clan (j’y reviendrais). Mais j’ai quand même une affection particulière pour ce titre « love » où Ghostface Killah se la joue Elton John avec le renfort de la diva Mary J.Blige.

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Triple agent d’Eric Rohmer : pacte amoureux et germano-soviétique

La France au moment du Front Populaire, les immeubles en brique rouge du périphérique parisien (j’ai vécu rue Henri Brisson), des russes blancs paumés truculents et une belle grecque qui hésite entre son destin de femme d’intérieur et son attrait pour la politique : tels sont les ingrédients de « Triple Agent », avant-dernier film d’Eric Rohmer en 2004.

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Un film semble-t-il conçu rien que pour emmerder ses détracteurs qui considérent que son goût pour le marivaudage et les personnages bourgeois est trop déconnecté de la politique pour ne pas être réactionnaire. Ici, les personnages d’Eric Rohmer, quand ils ne partent pas dans des longues tirades en russe (non traduites) ne parlent justement que de politique. Et la période choisie (l’euphorie ouvriériste d’avant-guerre) ne l’est évidemment pas au hasard. Depuis le petit bout de sa lorgnette « Historia », le hussard Rohmer peut ainsi plus facilement mettre en exergue les paradoxes d’une gauche de gouvernement.

Hurler avec Le loup de Wall Street

Il y a deux filmographies de Martin Scorsese. L’une, variée, virevolte d’un genre à l’autre, avec « The Aviator », « La dernière tentation du Christ », « New York, New York », « After Hours » ou le récent « Shutter Island » et ses emprunts à Kubrick et « Shining ». Mais Scorsese n’est jamais aussi bon que quand il fait du Scorsese. Et creuse son sillon obsessionnel, celui de sa deuxième veine, où il semble toujours raconter la même histoire. Celle d’un couple qui s’aime ou se déchire sur fond de guerre des gangs.

« Le loup de wall street », malgré un titre et une affiche pas très engageantes, appartient donc à cette deuxième catégorie, celle des « Affranchis », de « Casino » ou des « Infiltrés ». Et s’avère l’incarnation la plus accomplie de cette oeuvre constamment remise à jour. C’est la mafia en col blanc, celle des courtiers responsables des récents soubresauts de la finance, qui y est dépeinte cette fois. Est-ce parce que le capitalisme semble aujourd’hui avoir pansé ses plaies, avec des bourses de nouveau prêtes à l’euphorie (jusqu’au prochain tremblement de terre systémique ?) que les studios ont laissé Scorsese réaliser ce qui s’apparente à un brûlot ?

Dans « le loup de Wall Street », Scorsese ressuscite la hargne punk délivrée en son temps par l’iroquois Travis Bickle/Robert De Niro dans « Taxi Driver » (1976).

Taxi Driver

Et injecte une violence sardonique, sadiquement obscène, à sa mise en scène diablement fluide et inventive. Un grand coup de tatane du petit rital d’origine catho dans le brushing de l’élite wasp. Scorcese est furieusement drôle quand il filme la drogue (l’argent n’est-elle pas la came maîtresse au dessus de toutes les autres ?). Lorsqu’il frôle le sexisme, déjà moins. N’empêche qu’il est rare de nos jours de rester scotché face à un écran de cinéma sans une once d’ennui pendant trois heures.

J’écoute « Long division » de Fugazi…

…parce que j’ai besoin de me ressourcer avec le meilleur groupe de « hardcore émotionnel » from Washington DC. J’aime chez eux une certaine forme de pudeur mélodique. Des gros durs attachants qui n’osent pas susurrer « je t’aime » et qui préfèrent forcer la voix pour fanfaronner en disant « Je peux très bien t’oublier ».

J’écoute « Upside down » de Diana Ross…

…parce que Diana n’est pas « Dirty », n’en déplaise à Michael : elle a aussi le droit de vivre les choses à sa manière et surtout de dire comment elle les ressent

I said upside down
You’re turning me
You’re giving love instinctively
Around and round you’re turning me

Upside down
Boy, you turn me
Inside out
And round and round
Upside down
Boy, you turn me
Inside out
And round and round

Instinctively you give to me
The love that I need
I cherish the moments with you
Respectfully I see to thee
I’m aware that you’re cheating
When no one makes me feel like you do

Upside down
Boy, you turn me
Inside out
And round and round
Upside down
Boy, you turn me
Inside out
And round and round

I know you got charm and appeal
You always play the field
I’m crazy to think you are mine
As long as the sun continues to shine
There’s a place in my heart for you
That’s the bottomline

Upside down
Boy, you turn me
Inside out
And round and round
Upside down
Boy, you turn me
Inside out
And round and round

Instinctively you give to me
The love that I need
I cherish the moments with you
Respectfully I see to thee
I’m aware that you’re cheating
But no one makes me feel like you do

Upside down
Boy, you turn me
Inside out
And round and round
Upside down
Boy, you turn me
Inside out
And round and round

Upside down
Boy, you turn me
Inside out
And round and round
Upside down
Boy, you turn me
Inside out
And round and round

Upside down you’re turning me
You’re giving love instinctively
Around and round you’re turning me
I see to thee respectfully

Upside down you’re turning me
You’re giving love instinctively
Around and round you’re turning me
I see to thee respectfully

I said a upside down you’re turning me
You’re giving love instinctively
Around and round you’re turning me

Du hip-hop sous l’arbre de Noël épisode 2

Poursuite de ce tour d’horizon hip-hop de fin d’année avec de l’ego-trip, un brûlot et un UK bad boy.

Bon, à partir du moment où l’on considère que l’ego trip est consusbtantiel à l’âme du hip-hop, comment réussir la meilleure chanson sur le sujet ? En s’appellant De La Soul, en étant pas loin de l’apogée de son art et surtout en n’oubliant pas de faire appel aux productions magiquement malicieuses de Prince Paul, metteur en sons le plus scandaleusement mésestimé de sa génération.

Dans le genre brûlot, j’aurais pu vous servir un tître de Public Enemy, qui restent des références en matière de rap engagé et pamphlétaire. Mais pourquoi ne pas choisir ce méconnu et pourtant savoureux « Television the drug of a nation » de The Disposable Heroes of Hiphoprisy ? Une bonne synthèse de la société du spectacle de Guy Debord et de la densité sonore post-industrielle héritée du Bomb Squad, l’équipe de production de PE. Pas forcément diffusé en rotation lourde sur MTV à l’époque. Comme disait le black poet Gil-Scott Heron « The revolution will not be televised ».

Pour pas être chauvins, admettons que les british aussi savent rapper. Même si le rap est resté un genre mort né en Grande-Bretagne. Pas un hasard d’ailleurs si le meilleur MC brittanique fut probablement Dizzee Rascal, plutôt quelqu’un qui venait du « Grime », version clubby, londonienne et juvénile du hip-hop new yorkais. Un Dizzee Rascal, qui, avant de devenir aujourd’hui l’ombre cross-over de lui même, fut le flow le plus excitant jamais rencontré outre-Manche.